blog de réflexion politique de préférence satirique pour les déçus de la politique.
Avant d'aller plus loin, une pensée sincère pour toutes les victimes de ces incendies, pour les habitants qui voient partir en fumée une partie de leur vie, pour les agriculteurs qui perdent parfois le fruit de plusieurs générations de travail, et surtout pour les pompiers, professionnels et volontaires, qui luttent sans relâche, souvent au péril de leur vie.
Si la satire peut se permettre de sourire des mots de l'administration, elle s'incline toujours devant le courage de ceux qui affrontent les flammes.
J'avais un article sur le feu consacré à France Travail.(autre administration pourvoyeuse de formulaires) Mais l'actualité étant devenue franchement brûlante, j'ai préféré éteindre l'un pour parler de l'autre.
Comme dirait Achille Talon, sous la plume de l'immense Greg, dont je ne puis raisonnablement nier l'influence sur mon expansionnisme verbal
: « C'est la goutte d'eau qui met le feu aux poudres. »Si mes articles dépassent parfois la taille réglementaire, que le lecteur et mes sympathiques amis blogueurs de talent veuillent bien adresser une partie de leurs réclamations à Greg... là-haut.
L'idée de cet article m'a été inspirée par un article du Huffington Post intitulé « La préfète de Gironde demande aux agriculteurs de ne pas aider les pompiers "de manière spontanée" »Lire l'article HUFFINGTON POST
Il faut reconnaître que l'administration française possède un talent rare : elle fournit parfois elle-même les meilleurs sujets de satire.
Lorsqu'un citoyen ne fait rien, on lui reproche son manque de solidarité.
Lorsqu'il agit spontanément, on lui demande d'attendre l'autorisation d'être spontané.
Alors que des incendies ravagent la Gironde, la préfète demande aux agriculteurs de ne pas intervenir « de manière spontanée » et de s'inscrire auprès de la Chambre d'agriculture afin que leur aide soit coordonnée.
Précisons-le immédiatement pour éviter les commentaires indignés : la préfète ne refuse absolument pas leur aide. Elle souhaite simplement qu'elle soit organisée afin de ne pas gêner les opérations des pompiers et de ne pas transformer des bénévoles en nouvelles victimes.
Sur le fond, la démarche est parfaitement compréhensible.
C'est sur la forme que Coustou retrouve le sourire.
Car il faut reconnaître que la formule est magnifique :
« Ne soyez pas spontanés. »
Voilà une phrase que Kafka aurait probablement rayée... parce qu'il l'aurait trouvée excessive.
Je croyais naïvement que la spontanéité était précisément ce qui ne se planifiait pas.
J'apprends qu'elle est désormais soumise à autorisation préalable.
Je propose donc la création d'un nouveau service administratif :
Le Haut-Commissariat à la Spontanéité Encadrée, comprenant, bien entendu, une sous-direction : la Direction des élans intempestifs.
Il faut bien créer quelques postes pour lutter contre le chômage.(1)
Ses missions seraient les suivantes :
Puis vient naturellement une autre création indispensable:
Obligatoirement, toute spontanéité devra faire l'objet d'un dossier.
Je propose donc le :
Demande préalable d'autorisation d'élan spontané.
Pièces à fournir :
En cas d'urgence absolue, merci de patienter jusqu'à validation de votre dossier.
Les flammes progressent à la vitesse du vent, les formulaires progressent à la vitesse de la navette administrative
Les flammes ignorent les horaires de bureau, les procédures, elles, les respectent scrupuleusement.
L'incendie saute les pare-feux, les formulaires sautent rarement les parapheurs.
Puisque nous sommes lancés, allons jusqu'au bout.Créons une plateforme numérique.
Les agriculteurs y déclareront leur intention d'être spontanés.
"En cas d’absence de réseau dans la forêt, merci de renouveler votre incendie ultérieurement"
Après vérification de leur identité, de leur tracteur, de leur assurance, de leur bonne volonté et de leur degré réglementaire de spontanéité, ils recevront un QR Code leur permettant d'accéder officiellement à l'urgence.
Les incendies sont naturellement invitées à patienter pendant le traitement informatique.
Une fois votre dossier accepté, un courriel vous informera que votre demande d'urgence a bien été enregistrée.
Notre pays possède probablement des citoyens parmi les plus solidaires du monde.
Mais il possède aussi une administration qui éprouve le besoin d'organiser cette solidarité jusque dans ses élans les plus spontanés.
La solidarité est encouragée, à condition qu'elle respecte les procédures.
En France, l'administration ne combat pas toujours l'urgence ; elle commence souvent par la classifier
À force de vouloir organiser tous les élans, elle finira peut-être par inventer l’imprévu sur rendez-vous.
Ne caricaturons pas, un tracteur mal placé peut bloquer un camion de pompiers.
Un bénévole mal informé peut mettre sa propre vie en danger.
La préfète avait donc de bonnes raisons de vouloir coordonner les interventions.
Mais c'est précisément là que réside tout le génie involontaire de notre bureaucratie.
Elle parvient parfois à exprimer une idée parfaitement raisonnable avec des mots qui paraissent délicieusement absurdes.
Et c'est exactement à cet instant que commence le travail du satiriste.
Spontaneitas administrata spontaneitas iam non est.
La spontanéité administrée n'est déjà plus de la spontanéité.
Je consens une fois de plus exceptionnellement à traduire cette maxime latine... mais rappelez-vous : il ne faudrait pas que cela devienne une habitude.
votre Coustou dévoué
(1) Ne manquez pas le prochain article de votre blogueur préféré, consacré à France Travail : une administration où, à défaut de créer des emplois, on sait encore créer des formulaires.
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