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blog de réflexion politique de préférence satirique pour les déçus de la politique.

L’ÉCOLE DES MARRIS

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Le classement PISA s’effondre, les fondamentaux reculent, l’autorité aussi, et le ministre nous explique que les réformes n’ont pas encore produit leurs effets. A ce stade, ce ne sont plus des réformes, ce sont des placements à très long terme. Depuis des années, chaque mauvais résultat donne lieu au même rituel : on relativise, on contextualise, on explique que les mesures précédentes étaient bonnes mais qu’elles n’ont pas encore eu le temps de fonctionner, puis on annonce de nouvelles mesures qui, elles non plus, ne produiront leurs effets que plus tard.
Bref, l’Éducation nationale ne manque pas d’excuses, elle manque surtout de résultats. 
Alors, pour cet épisode 11 des Conseils aux candidats, nous allons faire preuve d’une audace folle : aborder les problèmes sérieusement.

Molière avait écrit L’École des maris. L’Éducation nationale en a fait une adaptation : L’École des marris. On s’y excuse beaucoup, on y réforme énormément. La réussite ? Une UV facultative...
L’Éducation nationale : un vrai brouillon de culture

Depuis des décennies, on réforme, on corrige, on rature, on recommence…
À force de revoir sa copie, l’Éducation nationale a fini par rester au brouillon. La copie définitive est toujours prévue pour la prochaine réforme

Éducation nationale : remettre l’autorité au cœur de l’école…

Enfin, sans contrarier personne

Il existe en France un sujet sur lequel tous les candidats sont d’accord : il faut rétablir l’autorité à l’école. C’est une excellente nouvelle.
La mauvaise, c’est qu’on la rétablit régulièrement depuis une quarantaine d’années et qu’on ne sait toujours pas où elle est passée.
Chaque nouveau ministre arrive donc avec le cérémonial réglementaire : menton volontaire, regard grave, pupitre républicain et déclaration martiale:
"Désormais, aucune atteinte à l’autorité des enseignants ne sera tolérée!!!"

Désormais....

C’est un mot très pratique en politique. Il permet d’annoncer comme nouvelle une décision que votre prédécesseur avait déjà annoncée comme définitive. Puis viennent les circulaires, les concertations, les commissions, les expérimentations, les groupes de travail et, surtout, l’indispensable réflexion sur les mots.
Car avant de rétablir l’autorité, encore faut-il veiller à ce qu’elle ne soit pas autoritaire.

1) Commençons donc par réformer le vocabulaire :

  • Le mot punition présente un caractère inutilement punitif, on lui préférera désormais : "moment individuel de réflexion citoyenne".
  • La retenue, dont le nom pourrait évoquer une privation de liberté, deviendra : "prolongation pédagogique de présence non sollicitée".
  • L’exclusion sera remplacée par : "inclusion temporaire à l’extérieur de l’établissement".
  • Quant au conseil de discipline, beaucoup trop disciplinaire, il deviendra "espace collectif de dialogue autour d’un ressenti comportemental divergent

Voilà, nous n’avons encore réglé aucun problème, mais ils sont déjà beaucoup plus jolis. 

2)L’élève au centre :

Depuis des décennies, nous avons placé l’élève au centre du système éducatif. Il serait peut-être temps de vérifier qu’il n’a pas profité de cette position stratégique pour prendre les commandes.
Car l’enfant doit naturellement s’épanouir. 
Mais pourrait-il, pendant son épanouissement, apprendre éventuellement deux ou trois petites choses ? Lire, écrire, compter?
Et, dans les établissements particulièrement ambitieux, se taire lorsque le professeur parle. 
 

Attention toutefois : exiger le silence pourrait être interprété comme une négation de la parole de l’enfant.
Il conviendra donc que l’enseignant commence par s’interroger :

"Qu’est-ce que ma pédagogie a pu provoquer chez Kevin pour qu’il ressente le besoin de hurler pendant mon cours ?"
Kevin, de son côté, pourra participer à cette réflexion dès qu’il aura terminé de lancer sa trousse sur Enzo.

3) Restaurons l’autorité :

Arrêtons de boire la autoritas en noyant les élèves dans un océan de bienveillance. (en discipline, en géo on boit l'atlas).
Bien entendu, mais progressivement, et après concertation.
Lorsqu’un élève insulte son professeur, évitons toute réaction précipitée.
Il faut d’abord déterminer s’il s’agit véritablement d’une insulte ou d’une expression spontanée de désaccord à forte intensité lexicale.
Ensuite, réunissons l’équipe pédagogique, puis les parents, puis le référent, puis le référent du référent. Et éventuellement une commission chargée d’étudier la création d’un groupe de travail destiné à réfléchir aux conditions dans lesquelles une sanction pourrait être envisagée.

Entre-temps, le professeur aura pris sa retraite... 

Le problème sera donc résolu. N’oublions pas les bons élèves
C’est peut-être le détail le plus amusant de notre système.
Lorsqu’un élève empêche trente autres de travailler, nous consacrons une énergie considérable à comprendre celui qui empêche de travailler.
Les vingt-neuf autres ? Ils attendent. Après tout, ils sont sages.Ils peuvent bien faire un petit effort. 
C’est ainsi qu’au nom de l’égalité des chances, les familles qui en ont les moyens finissent par chercher un établissement plus tranquille, payer des cours particuliers ou trouver une autre solution. 
Et les autres bénéficient pleinement de l’égalité, ils subissent tous ensemble.

Une récré* animée par le professeur Coustou
Épicure de rappel: On n’enseigne plus beaucoup les classiques. C’est dommage.
Prenez Horace et son célèbre Carpe diem, l’Éducation nationale l’a parfaitement adapté à ses méthodes modernes :
Carpette diem (latin administratif, doctrine dite du "pas de vagues") : principe consistant à préserver l’autorité du professeur en lui recommandant de ne surtout pas s’en servir.
* Ne vous plaignez pas. Moi, j’ai connu des récréations autrement plus éprouvantes. Par la grâce de Pierre Mendès France, on nous obligeait à ingurgiter un verre de lait chaud pendant la récré. A l’époque, l’Éducation nationale avait déjà compris qu’on pouvait faire avaler n’importe quoi aux élèves, pourvu que ce soit pour leur bien.

Allez, en rang par deux. On reprend!

Et pourquoi pas l’uniforme ? Pardon: la tenue unique.
Le mot uniforme pourrait donner à l’école une regrettable atmosphère de caserne. Et nous savons tous qu’une école dans laquelle les élèves arrivent à l’heure, respectent quelques règles et se taisent lorsque quelqu’un parle ressemble dangereusement à une dictature militaire.
Restons donc prudents, la tenue sera unique, mais différente selon les établissements. Éventuellement facultative, après expérimentation, et concertation. Ainsi chacun pourra constater que l’État a fermement repris les choses en main.

4) Le grand plan pour l’Éducation nationale

Le Pari scolaire : Ce pari vaut bien une promesse (Henri IV candidat libre)
A ne pas confondre avec le périscolaire, programme sensible.

Conseil aux candidats : inutile de vous embarrasser d’un programme compliqué.
Promettez :

  • le retour de l’autorité,
  • la revalorisation des enseignants,
  • le retour aux fondamentaux,
  • la lutte contre les violences,
  • une école de l’excellence et de l’égalité des chances.
  • plus d’échec scolaire : mais "une réussite différée"

Ces promesses présentent un avantage considérable : elles ont déjà servi.
Vous pouvez donc les reprendre sans frais de conception.
Ajoutez simplement un numéro au plan précédent, changez le logo, organisez un Grenelle, des États généraux ou une Convention citoyenne de l’orthographe inclusive et annoncez :

"Cette fois, nous allons agir."

Personne ne pourra vous reprocher d’avoir menti. Vous n’aurez pas précisé quand.
5) 
Une dernière précaution

Évitez surtout cette proposition révolutionnaire :
Un professeur enseigne, un élève apprend, et lorsque le professeur parle, la classe se tait.
Vous passeriez immédiatement pour réactionnaire.
Certains pourraient même soupçonner un retour à l’école d’autrefois.
Celle où l’on commettait cette étrange violence institutionnelle consistant à demander aux enfants de connaître leurs tables de multiplication.

6) Conseil aux candidats :

Ne promettez donc plus de rétablir l’autorité à l’école, tous vos prédécesseurs l’ont déjà fait.
Promettez simplement de retrouver où ils l’ont rangée.

Reformare semper, corrigere numquam.
(Toujours réformer, ne jamais corriger)
Pisa cadit, minister explicat.
(PISA baisse, le ministre explique)*
Promotion exceptionnelle deux citations pour le prix d'une!

Votre Coustou dévoué

 

 

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