blog de réflexion politique de préférence satirique pour les déçus de la politique.
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La bohème, c’est charmant à dix-sept ans. À soixante-quinze, les poches crevées ont nettement moins de poésie.
Surtout quand, à longueur de journaux, de radios et de télés, on vous explique qu’il faudrait encore les fouiller au nom de la solidarité.
Marre des sangsues qui, après nous avoir saignés, tentent avec leur salive d’apaiser la douleur de nos fins de mois difficiles.
Il y a des mots qui reviennent toujours quand les caisses sont vides.
Effort. Responsabilité. Justice. Solidarité.
Surtout solidarité.
Pendant des années, on a dépensé, distribué, subventionné, empilé les dispositifs, créé les machins, financé les trucs, ajouté des commissions chargées d’évaluer les comités qui surveillaient les agences responsables des observatoires.
Et maintenant que la dette flirte avec les 3 600 milliards d’euros, on se tourne vers les Français avec l’air grave de celui qui vient de découvrir le relevé bancaire : " Il va falloir être solidaires."
Ah.
Après le quoi qu’il en coûte, voici venu le qui va le payer. Et, divine surprise, le « qui » ressemble énormément au contribuable.
Le grand retour de la solidarité* (rien à voir avec Solidarność )
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*Solidarność : syndicat polonais qui voulait libérer les travailleurs.
Solidarnoces : dispositif français des élites fêtardes qui veut libérer les travailleurs… de leur argent.
Pendant que l’État dépensait, il ne semblait pas spécialement inquiet de notre solidarité.
Personne ne nous téléphonait pour demander :
— Vous êtes sûrs qu’on peut encore se permettre ça ?
Non.
Il dépensait, et même beaucoup. Aujourd’hui, changement de vocabulaire.
On ne parle plus de dépenses inconsidérées. On parle d’effort collectif.
On ne parle plus d’impôts supplémentaires. On parle de contribution exceptionnelle.
On ne parle plus de ponction. On parle de solidarité* nationale.
C’est fou ce que la langue française devient poétique (merci Arthur)** lorsqu’il faut prendre de l’argent aux gens.
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* SOLIDARITÉ : état transitoire précédant généralement une solide aridité du compte bancaire.
** Rimbaud bien sûr ce n'est pas une allusion à l'argot ancien où Arthur signifiait proxénète. Quoique...
UN GRAND ÉLAN DE SOLIDARITÉ
Devant la gravité de la situation, une grande association vient d’être créée : SOLIDETTS association de lutte contre le :
Syndrome Irréversible de la Dette qui Augmente.
Le SIDA de nos finances publiques est une affection particulièrement tenace.
Les premiers symptômes sont connus : le malade dépense plus qu’il ne gagne, promet régulièrement de suivre un régime et reprend deux desserts au budget suivant.
À un stade avancé, il présente un phénomène inquiétant :
plus on le soigne, plus la dette augmente.
Heureusement, SOLIDETTS organise chaque année une grande manifestation caritative :
LES SOLIDAYS DE LA DETTE
Trois jours de solidarité. Plusieurs générations de remboursement. Tout le monde peut participer.
Salariés, retraités, propriétaires, épargnants…Et même ceux qui ne souhaitent pas faire de don.
Pour eux, le prélèvement est automatique. Alors soyez généreux !
FAITES UN DON. De toute façon, on vous le prélèvera.
Je vous livre en exclusivité la prochaine affiche des Solidays de la dette:
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Les retraités, ces éternels privilégiés:
Bien entendu, dans le casting des citoyens appelés à « faire un effort », les retraités sont rarement oubliés. Ces gens ont travaillé, cotisé, payé leurs impôts pendant quarante ou cinquante ans et ont maintenant l’indécence de toucher une retraite.
Voilà les retraités re-traités. Une première fois par leur caisse de retraite. Une seconde par Bercy.
On leur explique qu’ils doivent participer à l’effort national. Encore.
Ils avaient naïvement cru que leurs cotisations constituaient déjà une forme de solidarité.
Erreur de jeunesse, la solidarité n’est jamais terminée. Elle se renouvelle automatiquement. Comme certains abonnements, mais sans bouton "résilier".
Le principe est simple : l’État a dépensé l’argent qu’il n’avait pas et demande ensuite à ceux qui ne l’ont plus de lui en redonner. Quand il faut solder les comptes, tout le monde devient frère.
Enfin, surtout celui qui paie. Car la solidarité publique possède cette particularité admirable : celui qui la décide n’est pas toujours celui qui la finance.
La dette est collective. La responsabilité, beaucoup moins. La rigueur, c’est pour après…
Le plus beau reste encore le discours moral qui nous plombe le nôtre.
Après avoir vécu pendant des années au-dessus de ses moyens, l’État nous explique désormais qu’il faudrait apprendre à vivre en dessous des nôtres.
C’est un peu comme si un type vidait votre cave, buvait toutes vos bouteilles et, le lendemain matin, vous faisait une conférence sur les dangers de l’alcool.
Et gare au mauvais citoyen qui poserait cette question vulgaire :
"Mais au fait, qui a dépensé tout cet argent ?"
Question mesquine carrément populiste, on ne cherche pas des responsables, On cherche des contribuables.
Tous unis derrière la dette, enfin presque tous, pendant les travaux la gabegie continue. (Agences inutiles, comités Théodule, doublons administratifs, missions improbables et autres facéties coûteuses.)
Alors soyons solidaires. Donnons, participons, faisons un effort.
Après tout, il serait dommage que ceux qui ont creusé le trou soient obligés de reboucher eux-mêmes. Et puisque nous sommes désormais sommés de nous serrer la ceinture, espérons au moins que quelqu’un pensera à arrêter de desserrer celle du budget.
Parce qu’à force de nous demander un « effort exceptionnel » tous les six mois, on finit par soupçonner que l’exceptionnel est devenu la règle. Mais ne soyons pas mauvaises langues.
Soyons citoyens, soyons responsables, soyons solidaires.
Ils ont tout dépensé, à nous de faire un effort pour qu’ils puissent continuer.
Solidaritas pecunia alterius.
(La solidarité avec l’argent des autres.)
Votre Coustou dévoué
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