blog de réflexion politique de préférence satirique pour les déçus de la politique.
AVANT-PROPOS
Le 24 septembre, sur TF1 et France 2, Emmanuel Macron nous a rassurés :
« Il n’y a pas de tabou. »
On peut donc parler de baisser les taxes sur les carburants. En parler, oui.
Y toucher, beaucoup moins. Sade* chantait The Sweetest Taboo.
*(prononcer schade : dommage en allemand)
Nous avons désormais : THE SWEETEST TABOU FISCAL
On peut en parler. Mais pas toucher. Et puisque de Sade au divin marquis il n’y a qu’un pas, reconnaissons que la méthode a quelque chose d’un peu sadique : laisser espérer la baisse avant d’expliquer tout le plaisir qu’il y aurait à ne surtout pas la pratiquer.
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LES POMPES VERTUEUSES
La baisse des taxes ne serait pas, paraît-il, « la décision la plus vertueuse ».
Nous voilà rassurés : même les pompes ont désormais une morale.
Il y aura donc les pompes vertueuses…et les autres.
Avec Sade dans les parages, difficile de ne pas penser à :
JUSTINE OU LES MALHEURS DE LA VERTU
Version station-service :
JUSTINE OU LES MALHEURS DU PLEIN
Mais puisqu’on ne baisse pas les taxes, il faut bien serrer quelque chose.
Ce sera donc : un nouveau tour de vis
Et chacun sait que, chez Sade, après les malheurs de la vertu viennent aussi les prospérités du vice.
En matière fiscale, la morale est donc parfaitement respectée :
la vertu souffre, le vice prospère… Yop la boum !* 💥
A force de serrer la vis, il ne faudrait pas s’étonner si les automobilistes finissent par exploser.
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* petit clin d'œil à Maurice Chevalier
A force de vouloir rester vertueux, l’automobiliste finit surtout par repartir avec le réservoir à moitié vide. Chez Sade, la vertu était déjà assez mal récompensée, à la pompe aussi, apparemment.
Le raisonnement est simple. Les taxes sur les carburants rapportent de l’argent à l’État. Donc il ne faut pas les baisser.
Logique.
Sauf qu’à force de laisser monter le prix du carburant, les automobilistes roulent moins, et quand ils roulent moins, ils achètent moins de carburant.
Et quand ils achètent moins de carburant…ils paient moins de taxes sur le carburant.
Voilà donc l’État confronté à une découverte particulièrement désagréable :
pour percevoir une taxe, il faut encore qu’il reste quelque chose à taxer.
Puis il rentre à pied.
Le gouvernement pourra toujours se féliciter : le litre n’a jamais rapporté autant. Le plein, beaucoup moins. C’est ce qu’on pourrait appeler :
FAIRE LE PLEIN DE VIDE.
Vertige métaphysique à la station-service : quand le plein devient vide, il ne reste plus qu’à taxer le néant.
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INTERMÈDE PHILOSOPHIQUE DU PROFESSEUR COUSTOU
Le vertige métaphysique n’est pas nouveau, Pascal plaçait déjà l’homme entre deux abîmes, Kierkegaard y ajouta l’angoisse du possible, Camus, l’absurde.
L’automobiliste moderne a réussi la synthèse : il est suspendu entre le prix du litre et le solde de son compte bancaire, angoissé par la possibilité de faire le plein, et confronté à l’absurdité de devoir choisir entre rouler et manger. Pascal, Kierkegaard, Camus…Bercy vient d’inventer la philosophie à la pompe. Et finit comme toujours par nous pomper l'air.
LE CIRCUIT COURT DE LA FISCALITÉ
On nous recommande depuis des années les circuits courts.
L’État a donc décidé de montrer l’exemple, le contribuable gagne de l’argent, l’État le taxe. Avec ce qui lui reste, le contribuable achète de l’essence. L’État taxe l’essence. Avec ce qui lui reste encore, le contribuable va travailler pour gagner de l’argent. Afin de payer ses taxes.
Voilà un circuit particulièrement court : du contribuable à l’État, sans intermédiaire. Et comme le carburant devient trop cher pour aller travailler, le contribuable finit par travailler essentiellement…pour pouvoir aller travailler.
L’économie circulaire vient de trouver son rond-point.
LE ROND-POINT FISCAL
Prenons notre automobiliste, il paie davantage son carburant, il réduit ses déplacements, il consomme moins.
Les commerces vendent moins, les entreprises encaissent moins, l’État récupère moins de TVA. Il manque alors des recettes.
Que fait-on lorsqu’il manque des recettes ? On augmente les taxes, le carburant devient plus cher, l’automobiliste roule encore moins, il consomme encore moins, les commerces vendent encore moins.
Et les recettes fiscales baissent encore.
Nous avons donc inventé le premier rond-point fiscal de France : on y entre par la taxe, on en fait trois fois le tour, et on ressort…par une nouvelle taxe.
Avec, au milieu, Bercy qui regarde passer les voitures. Enfin… celles qui roulent encore. Dans le sketch de Raymond Devos, le plaisir des sens, on riait dans celui de Bercy on rit jaune, comme les gilets du même nom.
Pendant longtemps, la pompe à essence servait à mettre de l’essence dans les voitures. La modernité a permis de simplifier le système. Désormais, elle sert surtout à sortir de l’argent de l’automobiliste. On pourrait donc supprimer le carburant et conserver uniquement le terminal bancaire.
Vous introduisez votre carte, vous composez votre code. L’écran affiche :
MERCI POUR VOTRE CONTRIBUTION À L’EFFORT NATIONAL.
Et vous repartez. A pied. Écologiquement, c’est irréprochable.
Voyons donc à quoi pourrait ressembler la France après un an de politique vertueuse…
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LES NOUVELLES MOBILITÉS
Mais ne soyons pas négatifs. Toute crise est une occasion de se réinventer.
Si l’automobile devient un produit de luxe, il suffit de revenir à des modes de transport plus sobres.
LE DROMADAIRE
Très intéressant, consommation faible, bonne autonomie, pas de batterie chinoise, pas de borne de recharge. Et surtout, excellente capacité de stockage. Deux bosses. Le SUV du désert. Il faudra évidemment créer une vignette Crit’Air Chameau, mais nous pouvons faire confiance à l’administration.
L’ÉLÉPHANT
Pour les familles nombreuses, plus spacieux, position de conduite surélevée, excellente visibilité, coffre à l’avant, en cas d’embouteillage, priorité naturelle. Reste un problème de stationnement. Mais après tout, avec la disparition progressive des voitures, il devrait y avoir de la place.
LE POUSSE-POUSSE
Voilà une véritable politique de l’emploi, un passager, un conducteur. Deux emplois créés. Et contrairement à l’automobile, plus le carburant augmente, plus le pousse-pousse devient compétitif. Il suffira naturellement de réglementer la profession. Licence, contrôle technique des sandales. Formation obligatoire, assurance professionnelle. Et éthylotest pour le passager. En France, même le progrès à reculons doit être homologué.
LA CHAISE À PORTEURS
Encore mieux, deux porteurs pour un seul passager, nous doublons immédiatement les créations d’emplois. Le modèle d’entrée de gamme comportera : deux brancards et une clochette. La version présidentielle pourra être équipée de rideaux. Et pour les trajets domicile-travail, rien n’interdit d’imaginer une aide de l’État : ma PrimePorteur’, sous conditions de ressources, évidemment.
LE CHEVAL
Solution éprouvée, zéro pétrole, recharge automatique au pré. GPS assez médiocre, mais il retrouve généralement l’écurie, avec lui, nous redécouvrirons même une expression disparue : le cheval fiscal. Pour une fois, il y aura réellement un cheval derrière. Évidemment, connaissant Bercy, il ne faudra pas longtemps avant qu’on invente la taxe sur le crottin.
Au nom du principe : pollueur payeur, cheval compris.
LA CALECHE
Jantes bois 22 pouces, sellerie pleine fleur, deux chevaux hybrides, capote panoramique, climatisation naturelle par ouverture latérale permanente, et système audio dernière génération : le cocher chante.
On pourra même ressusciter le marché des options :Pack Sport : quatre chevaux, pack Hiver : couverture supplémentaire, aide au stationnement : un palefrenier, régulateur de vitesse : « Hoooo là ! »
Avec le retour des calèches, nous redécouvrirons aussi quelques traditions oubliées. Au théâtre, souhaiter « merde ! » aux artistes viendrait du temps où beaucoup de crottin devant la salle signifiait qu’il y avait beaucoup de spectateurs venus en voiture à cheval. Grâce à la transition écologique, l’expression pourrait donc retrouver tout son sens.
Enfin une réforme culturelle qui ne coûtera pas un rond.
Pour les déplacements en centre-ville, une innovation s’impose :
LA CALÈCHE VITRINE
Destinée en priorité aux adeptes du lèche-vitrine. Plus besoin de chercher une place de parking : on avance doucement devant les boutiques, confortablement installée, le temps d’examiner les vitrines.
Le cocher ralentit devant les soldes, s’arrête devant les chaussures et repart au premier signe de découvert bancaire. Une mobilité douce, élégante et parfaitement adaptée au commerce de proximité.
Finalement, l’avenir qui se dessine est enthousiasmant, nous aurons moins de voitures, moins d’essence, moins de consommation.Et mécaniquement moins de recettes fiscales sur les carburants.
Il faudra donc trouver de nouvelles recettes.
Ainsi la boucle sera bouclée, nous serons revenus au XIXᵉ siècle…mais avec la fiscalité du XXIᵉ.
On n’arrête pas le progrès.
On lui fait simplement faire demi-tour.
PROGRESSUS EQUIS TRACTUS.
(Le progrès tiré par les chevaux).
A Bercy on le préfère tiré par les cheveux.
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