blog de réflexion politique de préférence satirique pour les déçus de la politique.
C'est devant une assemblée clairsemée qu'à eu lieu le vote sur "la perpétuité pour les crimes sur enfants"
Sur 577 députés, 496 avaient manifestement obtenu une permission collective. En 14-18, l’état-major aurait parlé d’abandon de poste ; aujourd’hui, on appelle cela l’agenda parlementaire. Heureusement, la République moderne a remplacé le peloton d’exécution par le communiqué de presse.
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Ce n’est pas le scrutin du 17 juillet, mais l’ambiance générale est assez fidèle : quand l’hémicycle adopte le format comité de quartier
Vendredi 17 juillet, l’Assemblée nationale examinait une mesure destinée à alourdir les peines encourues par les auteurs de viols en série sur des enfants de moins de quinze ans.
Sujet grave, texte important, représentation nationale mobilisée…
Enfin, presque.
Sur les 577 députés que compte notre belle démocratie, 81 ont participé au scrutin. Les 496 autres devaient sans doute être occupés à préparer leurs futurs communiqués sur la nécessité absolue de protéger l’enfance.
L’article a été rejeté par 41 voix contre 37. Une courte majorité, mais une majorité tout de même : lorsqu’il s’agit de décider du sort des violeurs en série d’enfants, la République fonctionne manifestement en comité restreint, comme une assemblée générale de copropriété un vendredi avant les vacances.
Précisons immédiatement les choses : il ne s’agit pas de prétendre que les députés ayant voté contre seraient favorables aux violeurs. Ils expliquent que l’aggravation des peines serait surtout symbolique et qu’elle ne remplacerait ni les enquêtes, ni les moyens de la justice, ni la prévention. Des députées de gauche ont ainsi insisté sur le faible nombre de condamnations, l’absence fréquente d’actes d’enquête et la nécessité de combattre l’impunité en amont.
Tout cela mérite naturellement discussion.
Ce qui mérite peut-être davantage discussion, c’est cette curieuse maladie politique qui empêche de prononcer le mot « et ».
Curieux, pourtant : voilà presque dix ans que l’on nous biberonne au « en même temps ».
On pouvait être de droite et de gauche, réduire les dépenses et améliorer les services publics, supprimer des lits et sauver l’hôpital, augmenter les prélèvements sans augmenter les impôts.
Mais lorsqu’il s’agit de mieux enquêter et, en même temps, de punir plus sévèrement les violeurs en série d’enfants, notre grande révolution grammaticale s’effondre soudainement.
Le célèbre « en même temps », capable de réconcilier toutes les contradictions du macronisme, semble donc s’arrêter à la porte des tribunaux.
Il faudrait choisir : les moyens de la justice ou la sévérité des peines.
Pour une fois que cette formule aurait pu servir à quelque chose, elle était manifestement en congé parlementaire.
Il faudrait donc choisir entre mieux enquêter ou punir plus sévèrement.
Donner davantage de moyens ou protéger durablement la société contre les criminels les plus dangereux.
Prévenir les crimes ou sanctionner ceux qui les commettent.
Dans le même esprit, supprimons les extincteurs puisqu’ils n’empêchent pas les incendies de se déclarer, et renonçons aux ceintures de sécurité puisqu’elles n’évitent pas les accidents.
La perpétuité ne réparera évidemment jamais une enfance détruite. Mais l’argument selon lequel une peine ne servirait à rien parce qu’elle intervient après le crime pourrait conduire à fermer les tribunaux : par définition, la justice arrive presque toujours après les faits.
Heureusement, le gouvernement a immédiatement demandé une seconde délibération.
Car la démocratie française dispose désormais d’une fonction très pratique : lorsque les députés votent mal, on leur demande de recommencer.
Le premier vote était libre et souverain.
Le deuxième le sera également, mais avec davantage de députés correctement convoqués, de consignes convenablement distribuées et de boutons sur lesquels appuyer dans le bon sens.
C’est un peu comme ces questionnaires administratifs où le logiciel refuse votre réponse jusqu’à ce que vous cochiez celle qu’il attendait.
Le gouvernement est d’ailleurs parfaitement en droit de demander cette nouvelle délibération : l’article 101 du règlement de l’Assemblée le lui permet. La procédure est donc régulière. Elle produit seulement cette impression délicieuse que le Parlement peut voter librement, à condition de finir par voter correctement.
Mardi 21 juillet, les députés seront donc appelés à se prononcer de nouveau, juste avant le vote sur l’ensemble du projet de loi.
Cette fois, peut-être seront-ils plus de 81.
Peut-être découvrirons-nous qu’il est possible à la fois de financer les enquêtes, d’écouter les victimes, de prévenir les violences, de combattre l’impunité et de punir très sévèrement ceux qui violent des enfants à répétition.
Ce serait une révolution grammaticale.
En attendant, les criminels peuvent être rassurés : la République ne les oublie pas.
Elle leur demande simplement de patienter jusqu’à mardi.
La perpétuité a été rejetée vendredi. Elle sera peut-être réhabilitée mardi : même les peines incompressibles ont droit à un week-end
Car à l’Assemblée nationale, la perpetuité se limite aux jours ouvrés.
Les députés se sont déchirés sur la perpétuité. Une peine aussi définitive que les promesses électorales : le mot est ferme, l’exécution reste négociable.(aménagement possible au bout de 18 ans)
Morale : la perpétuité n’est qu’une figure de rhétorique, mais pour les victimes, les conséquences ne connaissent aucun aménagement de peine.
Votre Coustou dévoué