blog de réflexion politique de préférence satirique pour les déçus de la politique.
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À la veille du 14 Juillet, Emmanuel Macron a solennellement annoncé que la France et l’Europe étaient prêtes à défendre « la liberté et le droit », y compris « au prix du sang s’il le faut ».
La paix serait donc notre but, mais le sang resterait apparemment une option.
Reconnaissons au président un véritable talent : celui de prononcer le mot sang depuis un pupitre, entouré de drapeaux, de hauts gradés et de gardes républicains, sans qu’une seule goutte ne menace son costume.
Depuis quelque temps, la mise en scène présidentielle donne d’ailleurs l’impression que l’Élysée devient trop petit. Emmanuel Macron ne se contente plus de présider la France : il semble parfois répéter le rôle de premier empereur d’une Europe en voie de réarmement.
Gardons les médecins en dehors de cette affaire : il ne s’agit évidemment d’aucun diagnostic. Parlons plutôt d’un cas spectaculaire de napoléonisme rhétorique, affection politique caractérisée par l’usage fréquent des mots puissance, destin, combat, réarmement et, désormais, sang.
Lorsque les dirigeants commencent à conjuguer le sacrifice à la première personne du pluriel, Boris Vian n’est jamais très loin. Dans Le Déserteur, il avait trouvé une réponse d’une remarquable simplicité :
« Allez donner le vôtre. »
Car le problème du sang versé au nom des grandes causes, c’est qu’il appartient rarement à celui qui prononce le discours.
Pendant ce temps, à Fontainebleau, des centaines de pompiers affrontent un incendie qui n’a rien de métaphorique. Au soir du 13 juillet, plus de 1 300 hectares avaient été touchés et la forêt demeurait fermée. Là-bas, le danger, la fatigue et le courage ne sont pas des éléments de langage.
Puisque notre président affectionne les symboles, il pourrait donc se rendre à Fontainebleau pour remercier les pompiers — sans gêner leurs opérations, naturellement.
Et, tant qu’il serait sur place, faire un léger détour par le château.
L’endroit est historiquement approprié : c’est là que Napoléon Ier mit en scène ses célèbres adieux à la Garde, le 20 avril 1814.
Emmanuel Macron pourrait à son tour gravir l’escalier en fer à cheval et saluer sa propre vieille garde : conseillers, communicants, experts en éléments de langage et derniers fidèles du « en même temps ».
Qu’il se rassure : nous parlons uniquement de ses adieux à la fonction présidentielle, et nullement d’adieux d’une autre nature. La République est parfois cruelle, mais elle se contente généralement d’organiser des élections.
On pourrait même lui préparer une cérémonie :
« Soldats de la start-up nation, je vous quitte. J’aurais voulu bâtir l’Europe, réarmer la France et sauver le monde. L’Histoire jugera. Les électeurs aussi. »
Il embrasserait le drapeau, saluerait une dernière fois la garde, puis repartirait vers l’île d’Elbe de la vie politique française : conférences internationales, conseils d’administration et fondation consacrée à sa propre pensée.
La France doit-elle être capable de défendre sa liberté ? Bien entendu.
Mais dans une démocratie, le sang des citoyens ne devrait jamais devenir une simple figure de style présidentielle.
Avant d’annoncer qu’il faudra peut-être le verser, la moindre des élégances serait encore de préciser qui fournira les donneurs.